QUEL DEVENIR POUR L’ÉCOLE NATIONALE DE MUSIQUE D’ORSAY ?

, par  DL

Lundi 14 novembre dernier, au conseil municipal d’Orsay, le point 16 de l’ordre du jour est l’autorisation demandée par Madame le Maire de signer un permis de démolir et un permis de construire sur un terrain sis au 85 rue de Paris à Orsay.
Il s’agit de démolir 2 hangars d’une surface de 250 m² et de construire un bâtiment provisoire de 137 m² afin d’accueillir les enseignements de l’école de musique (ENMD) . Celle-ci serait réinstallée dans des bâtiments préfabriqués montés au 85 rue de Paris, à la place des hangars démolis.

une décision abrupte

Selon Madame le Maire la décision est fondée sur les arguments suivants :

L’école de musique est logée dans une maison ancienne située au 87 rue de Paris. Cette maison a été mise à la disposition de l’école au moment de la création du syndicat intercommunal de l’ENMD, sans que soit passée de convention écrite entre la mairie et l’école. Depuis cette date, la commune d’Orsay supporte seule les charges d’entretien et de fonctionnement de ce bâtiment. Les demandes et les propositions faites par la mairie pour des travaux de rénovation avec co-financement des autres communes (Bures, Gif, ...) sont restées lettre morte.

Au premier janvier 2006, la gestion des équipements culturels dont l’ENMD d’Orsay, sera transférée à la CAPS .
Ainsi, les professeurs de musique seront rémunérés par la CAPS, et la directrice sera placée sous l’autorité du président de la CAPS. Les bâtiments seront entretenus et exploités par la CAPS en régie directe. De la sorte, l’ENMD perdra les spécificités de son organisation, la gestion collégiale du SICMD où siégeaient des représentants des 4 communes concernées. (Bures, Gif, les Ulis et Orsay)

Ce transfert de gestion s’il était fait en l’état, obligerait la CAPS à entamer d’importants travaux de rénovation du bâtiment actuel de l’école -dans le cas où il serait décidé de poursuivre son exploitation pour les enseignements. Ces travaux concernent : la remise aux normes du gros œuvre en terme d’espaces de travail (surfaces), de sécurité incendie (escaliers, ouvertures, sorties etc.) d’isolation (thermique, phonique), en terme d’équipements (électrique, acoustique etc.).

Le coût de ces travaux serait imputé ensuite au compte de la commune d’Orsay, (en diminution du montant de reversement de taxe professionnelle qui lui est fait par la CAPS.).
De plus l’installation de la nouvelle entité administrative sous l’égide de son président, Mr le Député-maire de Palaiseau, F. Lamy, s’est traduite par la création nette d’environ 90 emplois nouveaux (affectés à des activités administratives transférées par les communes) sans que celles-ci n’aient pu opérer de transfert de poste de l’administration municipale vers celle de la CAPS. (hormis 2,5).

Pour Mme le Maire d’Orsay, le jeu serait trop inégal et défavorable aux finances de la ville. Ensuite, le transfert de l’ENMD à la CAPS, au prétexte des travaux de sécurité nécessaires, pourrait encore accroître cette charge financière, hors du contrôle de la mairie d’Orsay.

L’objectif de la mairie serait donc de préserver les intérêts de la commune d’Orsay, en transférant à la CAPS le premier janvier 2006 une EMND logée dans un bâtiment provisoire "aux normes".

Un accord avait été signé, une parole donnée, aux partenaires de la CAPS et à ses habitants

Jeudi soir 24 novembre à Orsay, devant l’assemblée des élus représentants de la communauté d’agglomération du plateau de Saclay, en séance publique, aucun argument de cette rhétorique gestionnaire n’a résisté à l’examen :
Madame le Maire d’Orsay est vice présidente de la CAPS avec la charge des finances, elle connaît précisément et elle a ratifié les choix budgétaires qui ont été actés.

Le document d’orientation fixant les compétences transférées à la CAPS a été ratifié à l’unanimité par les maires le 25 juin 2005.
La délibération portant la liste des équipements transférés a été signée par tous les maires. Ce document mentionne que l’ENMD sera transférée au 1er janvier 2006. Il précise que, "les transferts liés à la compétence Equipements culturels" feront l’objet d’une convention spécifique (...) afin de garantir la continuité du service rendu à la population dans des conditions d’organisation semblables à celles connues avant les transferts."

Le 9 septembre, les services de la CAPS ont écrit un courrier à la mairie d’Orsay pour demander les documents nécessaires à la préparation du transfert du bâtiment de l’école.

La mairie d’Orsay répond ne pas l’avoir reçue...

Trois commissions techniques se sont réunies successivement en septembre, octobre et novembre 2005, avec des représentants de chaque commune concernée par le transfert de son école de musique. Aucune réserve n’a été faite au sujet du bâtiment.
Les procès-verbaux des commissions de sécurité autorisant l’usage du bâtiment de l’école en 1996 et 2004 ont été signés par le Maire d’Orsay. Les travaux de mise en conformité étaient du ressort de la ville, et inscrits aux procès verbaux.

Une commission indépendante de la CAPS, fixe de manière contradictoire et négociée les compensations dues aux communes pour les transferts d’équipements. Ce n’est pas la CAPS qui fixe les prix et des accords favorables aux communes ont déjà été conclus.

Ainsi, la décision de Mme le Maire d’Orsay du 14 novembre pour disjoindre le sort de l’école -ses professeurs, ses élèves et son service administratif- de celui du bâtiment qui les abrite, apparaît comme alors aux élus comme terriblement déloyale à leur égard et à celui de tous les citoyens de la communauté : "C’est une tricherie... Pourquoi ne pas déboulonner les lampadaires avant de transférer une voirie, ou enlever les cabines de douches de la piscine ?".

La DRAC a écrit au Maire d’Orsay pour le mettre en garde que la qualité du logement de l’école était une condition du maintien de son label d’Ecole nationale.
Le président de la CAPS a conclu que si les accords n’étaient pas respectés, il n’y aurait pas de transfert, "parce qu’il n’y aurait plus d’ENMD".

Le Collectif de soutien à l’ENMD

Ce Collectif rassemble des citoyens venus de différentes communes de la région, dont celles partenaires de l’école. Tous se disent consternés par les conséquences immédiates de la décision de déménagement sur le fonctionnement de l’école, mais aussi à brève échéance par les conséquences de cette décision sur le devenir de l’école.
Ce projet engagé à la va-vite entame la confiance des administrés à l’égard de leurs élus : la déclaration soudaine d’un désaccord budgétaire poursuivi ensuite par l’indifférence au sort des usagers de l’ENMD, révèle surtout l’impuissance du Maire à négocier en temps voulu, un compromis présentable pour ses électeurs et une forme de déloyauté envers ses partenaires des autres communes.

Les membres du collectif sont déterminés à agir ensemble afin de rétablir une concertation démocratique avec des élus responsables, mettre en débat avec les parties concernées un véritable projet d’école qui puisse tout autant satisfaire les aspirations des élèves musiciens et de leurs professeurs, que répondre aux contraintes administratives, budgétaires et organisationnelles de la collectivité.

Le déménagement sans projet perturbe la vie et le travail des élèves et des professeurs.

La décision abrupte prise par la mairie, sans concertation avec les utilisateurs de l’institution, met en cause la continuité de certains enseignements et la sérénité des participants. Les 2 permis (démolir et construire) peuvent aussi faire l’objet de recours en vue de leur annulation, ce qui accroît d’autant les incertitudes pour les occupants de l’école.

Le transfert des classes dans le bâtiment préfabriqué est un projet qui n’a été ni préparé ni discuté avec les utilisateurs :
 Des classes de percussion sont supprimées, les instruments dispersés
 Les pratiques collectives seront annulées
 La disponibilité des instruments lourds (17 pianos actuellement) sera réduite
 La qualité et le confort acoustique des salles de classe n’ont pas été évalués

Le changement de lieu de travail et d’étude sans anticipation, déstabilise les participants à l’école ; il y a une très forte charge émotionnelle chez les élèves, les professeurs et le personnel administratif, tenus à l’écart de la réflexion sur le projet ; ils se disent méprisés par la façon dont les choses ont été conduites.

L’école de musique est un lieu d’enseignement mais aussi un lieu de vie, de la vie musicale, locale et nationale : l’école a un rayonnement international, bien au-delà des limites de la vallée de Chevreuse. Elle participe à la vie musicale de sa région : plus de 80 concerts donnés au cours de la saison passée, l’orchestre joue au fêtes du château de Versailles. Elle anime une école de Jazz et depuis peu un cours de théâtre.

La réputation de ses professeurs et de ses enseignements attire des étudiants venus de toute l’Europe : par exemple le Centre de musique baroque ancienne.
Bref, le déménagement tel qu’il est lancé défigure ce lieu de vie, il met à mal cette réputation et il ternira ce rayonnement parce qu’il impose la précarité des conditions d’étude et de travail, dans des espaces confinés, pendant plusieurs mois, sans issue visible d’amélioration.

L’enseignement de la musique autant que la maison est un "bien commun" que nous voulons protéger

La maison actuellement occupée par l’ENMD est l’une des rares belles maisons 1900 de la commune. Cette maison présente un intérêt patrimonial évident : la qualité de la construction du bâtiment (murs en meulière, toit en ardoise, excellente isolation acoustique...) et l’étendue du terrain ouvrent tous les possibles pour préfigurer un autre projet d’extension et d’aménagement nécessaires à l’évolution de l’ENMD vers un futur Conservatoire national de région (CNR).

Cette école située en centre ville, à proximité des écoles, des collèges, du lycée et de la fac est d’un accès facile pour les jeunes élèves et les parents qui les accompagnent. Elle est au centre des cheminements quotidiens des élèves et des étudiants. Elle est l’un des éléments attractifs pour habiter Orsay. Cette centralité et cette proximité méritent d’être préservées, y compris si l’école devait un jour quitter l’établissement actuel.

Le projet tel qu’il a été présenté ne donne aucune indication chiffrée des budgets nécessaires à la rénovation du bâtiment actuel ou à son extension. On n’a pas évalué ces coûts, ni examiné quels financements pourraient aider à préserver l’édifice ou à en aménager un autre pour accueillir l’école pendant la phase de transition.
Quelques soient les choix retenus, le déménagement provisoire ou définitif de l’école est un projet à part entière, à la définition duquel les utilisateurs veulent être complètement associés.

Le collectif de soutien de l’ENMD demande au premier chef que soit suspendu le transfert de l’établissement à la CAPS afin de se donner le temps d’en établir le programme. Le collectif souhaite qu’une commission ad hoc puisse mettre en débat tous ces sujets.
Cette assemblée rassemblerait les représentants de la CAPS, ceux des communes partenaires ainsi qu’une délégation des professeurs, des élèves, de l’association des parents d’élèves et du collectif de soutien. Ensemble ils pourraient élaborer un programme cohérent à la hauteur des enjeux annoncés, avant que toute autre décision ne porte un préjudice définitif aux conditions d’exercice et de vie des professeurs et des élèves, ainsi qu’au patrimoine culturel et au renom de la ville d’Orsay.

Les membres du collectif de soutien à l’ENMD, parents d’élèves, utilisateurs de l’école et professeurs mobilisés s’opposeront à toute "opération à tiroirs" qui n’aurait pour seul projet visible que celui de récupérer le terrain et la maison de l’ENMD pour les vendre afin de réaliser une banale opération immobilière.

Epilogue : Le déménagement de l’école a été annulé par Madame le Maire d’Orsay à la veille de la manifestation du Samedi 26 Novembre.